Allons faire un tour au Centre de santé de Carmacks pour rencontrer quelqu’un qui a fait un changement de carrière majeur en déménageant de Toronto à Carmacks.
Caitlin travaille comme infirmière en chef en soins primaires.
Il s’agit d’un grand changement par rapport à son ancien emploi, où elle travaillait notamment comme infirmière d’urgence.
Cailtin se réjouit de la diversité de ses nouvelles fonctions et de l’autonomie dont elle profite.
Elle aime aussi tisser des liens avec les gens de sa petite localité, qu’elle côtoie souvent au centre de santé.
Rendons-nous donc à Carmacks pour aller discuter avec elle de son rôle au sein du gouvernement du Yukon.
Parlez-nous de vous et de votre travail.
Je m’appelle Caitlin et je suis l’infirmière en chef du Centre de santé de Carmacks.
J’ai plusieurs responsabilités, mais je travaille principalement comme infirmière en soins primaires. C’est le poste que j’occupais à mon arrivée, mais progressivement, ces dernières années, je me suis aussi vu confier les fonctions d’infirmière en chef.
Qu’est-ce qui vous plaît dans le fait de travailler à Carmacks?
L’équilibre qu’on trouve ici est très intéressant. J’ai beaucoup d’autonomie, et je sens que mon travail m’apporte la guérison et un lien profond avec la communauté. Ça me plaît vraiment.
Notre champ de pratique est élargi, et ça me donne la chance d’exploiter pleinement mes capacités de réflexion critique et de résolution de problèmes.
J’ajouterais aussi que nous travaillons dans un esprit de collaboration, tant entre nous qu’avec la patientèle. C’est très gratifiant et ça me permet d’apprendre et d’évoluer continuellement.
Vous avez récemment effectué un changement de carrière important. Pouvez-vous nous en parler?
Je viens de l’Ontario, et j’ai travaillé dans les urgences d’hôpitaux en milieux ruraux et urbains.
J’ai essentiellement travaillé dans les soins d’urgence.
Ces dernières années, j’ai travaillé à Toronto, surtout auprès de personnes en situation de logement précaire, donc je voyais beaucoup de dépendances, des traumatismes majeurs et ce genre de réalités. J’ai aussi travaillé auprès de personnes survivantes d’agressions sexuelles, et j’ai fait un peu d’oncologie et de soins intensifs de courte durée.
Bref, mes expériences sont assez variées, et ça s’est avéré très utile.
Par contre, j’ai fini par me sentir épuisée par mon travail à l’urgence en milieu urbain.
Je cherchais quelque chose d’assez différent, donc je suis venue ici, et j’ai adoré ça.
Pendant les deux ou trois premières années, je travaillais à la fois à Toronto et à Carmacks.
J’étais en rotation ici, puis je retournais travailler à l’urgence là-bas, mais j’ai fini par m’établir ici en 2021, et j’ai arrêté les allers-retours.
Je travaille toujours en rotation; ça me donne une très belle flexibilité et ça me permet de profiter du territoire.
Mon conjoint et moi avons acheté une maison en juillet dernier, donc nous sommes là pour rester!
Dans les centres de santé du Yukon, le personnel infirmier évolue dans un cadre de pratique élargi. Pouvez-vous nous en parler?
Absolument. Nous intervenons dans tous les aspects de la santé, notamment en santé sexuelle, en maladies transmissibles et en soins prénataux. Quand tout va bien, nous ne faisons pas d’accouchements, mais il nous arrive de faire des suivis postnataux!
Nous prenons soin des Aînés, des enfants… De tout le monde, en fait.
Nous contribuons aussi à la santé publique, par exemple en faisant des vaccinations. Nous faisons des suivis de nourrissons, de la santé en milieu scolaire, etc.
Nous sommes les premiers répondants en situation d’urgence, puisque les appels au 9-1-1 sont redirigés sur nos téléphones personnels.
On parle vraiment de l’éventail complet de la pratique infirmière.
Nous avons aussi pour tâche d’aider les gens à s’orienter dans le système de santé.
Les gens nous connaissent et nous font confiance, donc c’est souvent vers nous qu’ils se tournent quand ils ont des questions, que ce soit pour des services prodigués ici même, à Whitehorse ou en Colombie-Britannique.
Nous aidons les gens à obtenir les bonnes ressources et à s’orienter dans le système de santé. C’est un aspect essentiel de notre rôle.
Vous travaillez ici depuis plusieurs années maintenant. Pouvez-vous nous parler des relations que vous entretenez avec la patientèle?
Je suis profondément reconnaissante de la confiance et de la bienveillance que la communauté nous accorde.
Ces dernières années, nous avons eu la chance de pouvoir garder la majorité de notre personnel à Carmacks, et je crois que c’est un point crucial.
Il n’y a pas si longtemps, pour beaucoup de gens, le système de santé pouvait représenter une expérience très négative. C’est particulièrement vrai en milieu rural et dans les Premières Nations, où les gens sont très méfiants – à juste titre – face aux soins de santé.
Pour arriver à rebâtir progressivement cette confiance érodée, il est essentiel de pouvoir nouer des relations à long terme.
Au fil des ans, j’ai pu constater l’effet majeur que ça peut avoir.
À Carmacks, il est très rare qu’on ait des interactions négatives avec la patientèle. Les gens viennent nous voir de leur plein gré. Ils veulent nous voir, ils sont souriants et ils amènent leurs enfants. Il y a des aînés qui font activement appel à nous. Les gens sont très gentils avec nous.
Je crois que je n’ai jamais rien fait de plus gratifiant.
En soins infirmiers, nos fonctions n’ont pas nécessairement évolué parallèlement au niveau de formation que nous avons aujourd’hui. Cela peut être très étouffant.
Dans les hôpitaux universitaires où j’ai travaillé, souvent, j’avais l’impression que mon avis ne comptait pas, et j’avais très peu de marge de manœuvre. Je n’étais pas autorisée à prendre les décisions qui me reviennent maintenant.
Ici, l’autonomie nous amène à nous améliorer, à approfondir nos connaissances et à repousser nos limites.
Si vous vous sentez coincé, ou si vous manquez de latitude dans votre travail, sachez que le Yukon est un excellent endroit où apprendre et évoluer.
Ici, votre contribution sera incroyablement utile.