Pour beaucoup, la récréothérapie se résume à des activités ludiques.
En réalité, c’est bien plus que cela, explique Lydia, récréothérapeute à Whitehorse.
Cette discipline prend en compte la personne dans sa globalité : bien-être émotionnel, compétences sociales, confiance en soi et qualité de vie.
Nous avons demandé à Lydia de nous en dire plus sur son travail au Yukon et sur ce qui l’anime dans l’accompagnement des Aînées et Aînés et des personnes âgées.
À quand remonte votre envie de devenir récréothérapeute?
À 15 ans, j’ai eu une première expérience dans une maison de retraite. Je ne savais pas encore quel métier faire, mais le travail avec des personnes âgées m’a plu.
Finalement, j’ai commencé ma carrière dans le domaine de la dépendance, avant de comprendre assez vite que j’aspirais à un travail plus léger.
C’est plus tard, en découvrant la récréothérapie, que j’ai trouvé ma voie. Comme quoi, malgré mes débuts dans une maison de retraite, il m’a fallu du temps pour trouver ma vocation.
Qu’est-ce qui vous plaît dans l’accompagnement des personnes âgées?
J’aime écouter leurs histoires et leurs parcours de vie. Ce sont un peu comme mes grands-parents.
Ils veillent tous sur moi... alors que c’est moi qui suis là pour m’occuper d’eux!
C’est fabuleux de nouer de si belles relations.
Qu’est-ce qui vous guide en tant que récréothérapeute?
La récréothérapie s’intéresse à toutes les facettes d’une personne : sociale, émotionnelle, physique, cognitive et spirituelle.
Combien de personnes accompagnez-vous au Centre Whistle Bend?
J’accompagne entre 30 et 50 personnes.
Ce qui me plaît, c’est de pouvoir prendre le temps avec chacune d’elle.
Pouvez-vous m’en dire plus sur les dimensions sociale, émotionnelle et spirituelle de votre travail?
Avec plaisir, j’adore expliquer mon métier. On confond souvent récréothérapie et physiothérapie ou ergothérapie. C’est vrai que nous encourageons les gens à rester actifs.
Nous jouons aux quilles, au curling ou au disque-golf pour travailler l’amplitude des mouvements et la motricité fine.
Mais nous proposons aussi tout un éventail d’activités qui touchent d’autres dimensions.
Prenons par exemple le programme de réminiscence.
Pour la Saint-Valentin, nous avons organisé une activité de réminiscence autour du mariage à partir de nombreuses photos de mariages des années 1950 et 1960, de cartes anciennes et d’images de robes, de costumes et de gâteaux.
Nous avions préparé des questions pour lancer la discussion et avons demandé aux participantes et participants de parler de leur mariage.
Au départ, une résidente ne se rappelait plus qui l’avait conduite à l’autel.
Puis, au fil de la discussion, le souvenir lui est revenu. Elle s’est exclamée : « Oh mon Dieu… je me souviens, c’était mon père! » Et son visage s’est illuminé.
C’était un vrai moment de joie pour elle : elle venait de se remémorer un moment important de son mariage, enfoui depuis longtemps.
C’est clairement l’un des moments qui m’a le plus marquée.
J’ai remarqué la présence d’un tourne-disque dans le centre. Est-ce que vous l’utilisez?
Oui, bien sûr. Nous avons des tourne-disques dans plusieurs unités. Nous essayons autant que possible de recréer un environnement familier pour les résidentes et résidents.
Ils adorent Elvis, Willy Nelson, Hank Karr, Frank Sinatra, Johnny Cash... la liste est longue!
La récréothérapie accorde une place centrale aux interactions sociales et au jeu.
Il existe un super jeu auquel nous jouons assez souvent qui s’appelle Shake Loose a Memory. La personne lit la carte. Par exemple : « Gardez cette carte si vous avez déjà conduit un tracteur » ou « Gardez cette carte si vous avez déjà eu un surnom ». Si la réponse à la carte est oui, la personne la garde. Puis, nous lui posons des questions pour l’amener à parler de son passé et raviver de bons souvenirs. La récréothérapie accorde une place centrale aux interactions sociales et au jeu.
Nous faisons aussi des « voyages en fauteuil » : l’idée est de choisir un pays et de le visiter virtuellement, depuis un fauteuil ou un fauteuil roulant. Nous en apprenons plus sur sa gastronomie et sa monnaie, calculons le prix d’un billet d’avion et échangeons autour du thème du voyage.
Comment collaborez-vous avec les autres partenaires de la santé?
Au Centre Whistle Bend, l’équipe des services thérapeutiques se réunit chaque matin. Elle se compose de récréothérapeutes, de physiothérapeutes, d’ergothérapeutes, d’orthophonistes, d’agentes et agents de liaison avec les Premières Nations, d’intervenantes et intervenants en soins spirituels, de coordonnatrices et coordonnateurs des soins et de bénévoles.
Nous rencontrons également le personnel infirmier pour faire le point sur chaque personne : soins, programme d’activités, interventions. C’est l’occasion d’échanger en face à face, chaque jour à la même heure.
Qu’est-ce qui vous plaît au Yukon?
Quiconque est déjà venu au Yukon sait pourquoi nous avons choisi d’y vivre. Partout, on trouve des sentiers de randonnée et des paysages à couper le souffle.
En 10 minutes, on est au bord de l’eau, canne à pêche à la main.
Dans le service des soins prolongés, la plupart des gens sont originaires du Yukon, notamment de Whitehorse, Beaver Creek, Mayo, Faro ou Dawson.
Mais nous accueillons aussi des personnes venues d’un peu partout dans le monde : Allemagne, Hongrie ou Corée.
Nous venons tous d’horizons très différents, mais ce qui nous rassemble, c’est notre amour pour le Yukon.
Quels sont les aspects les plus difficiles du métier?
C’est parfois difficile de travailler avec des personnes âgées, parce qu’on s’attache vraiment à elles. Elles deviennent un peu comme nos grands-parents. Puis un jour, elles décèdent.
C’est la dure réalité du métier.
Malgré tout, il n’y a pas un jour sans que je me sente utile. Avec la récréothérapie, je sais que j’ai essayé de rendre leurs dernières années plus belles et que j’y suis parfois arrivé.
Je garde en mémoire ces moments où je les ai emmenées pêcher, faire du canoë ou même manger un Big Mac chez McDonald’s. Ce sont des plaisirs simples auxquels elles n’auraient peut-être pas goûté autrement.
Et pour cela, le Yukon est un lieu exceptionnel. Il n’y a pas beaucoup d’endroits où l’on peut se targuer d’emmener des nonagénaires pagayer!